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Le judaïsme, cet étrange objet de la transmission

Le judaïsme, cet étrange objet de la transmission

Le judaïsme, cet étranger objet de la transmission

Je transmets, tu transmets, nous transmettons. Car transmettre, dit-on, est une belle et bonne chose. Mais pour parodier une célèbre question de philo posée aux lycéens des quatre coins de France –qu’aime-t-on quand on aime- on pourrait demander : « que transmet-on quand on transmet ? ».

Savoir recevoir, savoir transmettre : la double mission d’une génération

La réponse n’est pas simple — car pour transmettre, il faut recevoir. D’où la possibilité de reformuler notre problème, pour demander : « Nous qui posons la question de la transmission, qu’avons-nous reçu en héritage ? Que nous a-t-il été donné à partager ? »

Qu’avons-nous reçu en héritage ? Le judaïsme, sans nul doute. Oui, mais encore ? Quel judaïsme ? Un judaïsme identitaire replié sur lui-même ? Ou un judaïsme d’ouverture ? Et ce judaïsme – quel qu’il soit – par quoi se singularise-t-il ? Est-ce un cri de ralliement vide de sens (un « mot d’ordre » dirait Deleuze) ? Ou bien a-t-il un contenu, une teneur, une signification qui lui soit propre ?

Il semble que nous devions répondre : les deux à la fois. Aujourd’hui, et pour nous, le terme de « judaïsme » semble en effet fonctionner à la fois comme « mot d’ordre (cri de ralliement vide de sens) » et comme terme riche de signification. Ce qui fait de lui aussi bien un totem qu’une auberge espagnole — tant il est vrai que l’on ne s’y retrouve que pour y mettre chacun ce que l’on y apporte.

A s’en tenir à ce constat, il faudrait cependant se contenter de dire que le terme de « judaïsme » joue pour nous le rôle de ce que Jacques Lacan nommait un « signifiant ». Cette dernière expression fut reprise par le philosophe Slavoj Zizek, qui la rendit synonyme de « site d’investissement fantasmatique ». Notre judaïsme, hérité et transmis, serait-il donc simplement : un lieu que chacun investit comme il peut, avec ce qu’il a reçu ? De bric et de broc ?

Cela pourrait expliquer que cet « étrange objet de la transmission » qu’est pour nous le judaïsme puisse recouvrir bien des choses et se confondre avec bien d’autres — sans qu’il soit aisé de savoir où commencent les secondes, où finissent les premières. Le judaïsme, en vrac, pour chacun de nous : serait-ce donc la Thora ? Est-ce (aussi, et dans quelle mesure ?) la Shoah ? Est-ce Israël ? Woody Allen, ou Levinas ? Hannah Arendt, rabbi Jacob ? Les falafels de la rue des rosiers ?

Querelle autour des objets de la transmission

Bref, ce judaïsme autour duquel nous semblons nous retrouver, dont nous paraissons hériter, et qui constitue l’objet et l’enjeu d’une transmission : est-ce un mode de vie, une religion, une culture ? Des valeurs ? Ou bien tous ces éléments à la fois – reçus, partagés et transmis dans un joyeux remue-ménage ?

La question peut rester ouverte, à condition cependant de rappeler que le risque, à ne pas la prendre au sérieux, a pour nom : kitsch ! « Kitsch », car purement folklorique, le judaïsme qui mêlerait l’ensemble de ces « ingrédients » de manière indiscriminée. Aussi kitsch qu’une ribambelle de bibelots ; aussi piètrement folklorique qu’une reconstitution historique en faux costumes d’époque de la bataille de Marignan ; aussi mièvre et ridiculement sentimental qu’une vieille carte postale d’Eilat ou Tel Aviv nous rappelant vaguement un amour de vacances.

Cela ne veut pas dire que, sauf à tomber dans le kitsch, il faille impérativement décider ou choisir entre « ce qui est du judaïsme » et « ce qui n’en est pas ». Encore moins qu’il importe de créer des hiérarchies entre ce que nous voulons « vraiment » transmettre, et que nous sommes prêts à remiser au placard dès demain. Mais simplement, qu’aujourd’hui (avec la folklorisation des cultures et des patrimoines nationaux, régionaux, ethniques, qui redouble le phénomène de globalisation) nous devons tenter de nous montrer tout particulièrement conscients du fait suivant : le judaïsme, comme chaque objet reçu, partagé et transmis, peut consister en une myriade de choses (religion et mode de vie, valeurs et culture ; Thora et falafels, Shoah et Israël, Lévinas et rabbi Jacob) sans pour autant que chacune d’entre elle puissent être entièrement confondue avec l’ensemble des autres. La question n’est pas d’établir un régime de ségrégation, mais de savoir qu’il peut y avoir ici et là quelques différences qualitatives. Des variations, des nuances.

De ces nuances, variations, différences qualitatives, pourquoi ne pas parler — quitte à ne pas tomber d’accord ? Pourquoi ne pas nous disputer sur tel ou tel point ? Quelques disputes ou même une bonne querelle : cela ne vaudrait-il pas mieux que de retrouver un beau jour notre héritage sur Ebay avec les bibelots d’antan, les costumes d’époques… et les anciennes cartes-postales ?

Benjamin Lévy

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