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La nation : mémoire ou patrimoine?

La nation : mémoire ou patrimoine?

La nation : mémoire ou patrimoine?

« C’est en connaissant son passé, même douloureux, même si pendant longtemps, il a eu du mal à passer, que l’on construit un avenir meilleur, un avenir débarrassé de l’antisémitisme et du racisme. Force est de constater que ce passé est méconnu. A nous de trouver les moyens de faire connaître plus largement et plus durablement l’histoire qui fonde les valeurs de la France d’aujourd’hui ».

Extrait de la « Note d’intention de l’UEJF relative au sondage commandé au CSA sur la rafle du Vel d’Hiv »

[Pour rappel, le sondage avait marqué l’opinion en faisant apparaître que 60% des 18-24 ans déclaraient ne jamais avoir entendu parler de la Rafle du Vel d’Hiv]

DIALOGUE DES MÉMOIRES

Retour sur une expérience fondatrice

Comment ne pas être conscient de l’importance du vivre ensemble dans un monde mixte ? Si les rapports sociaux se vivent au présent, ils se nourrissent du passé. La mémoire individuelle se fonde dans la mémoire collective et tisse des liens avec l’histoire, fondement de notre identité de groupe. Comment comprendre dès lors, que certains évoquent une concurrence des mémoires ?

La transmission de la mémoire de la Shoah se situe aujourd’hui à un tournant avec la disparition des derniers rescapés. Particulièrement difficile pour les jeunes générations, cette étape nécessite que nous envisagions d’autres façons de nous souvenir. La question des mémoires a toujours fait débat au sein de la société française. Le reproche est souvent fait aux Juifs de ne parler que de la Shoah. Ce phénomène s’est illustré avec Dieudonné qui déclarait que trop parler de la Shoah conduisait à ignorer l’esclavage moderne et les difficultés d’intégration des classes populaires dans la société française à cause des « lobby sioniste, qui cultive l’unicité de la souffrance ».

L’un des objectifs du voyage au Rwanda organisé par l’UEJF en 2006 était de transmettre la mémoire de la Shoah, mais aussi de faire en sorte qu’elle soit dans un second temps transmise par d’autres. C’est la raison pour laquelle différents supports éducatifs ont été mis en place pour les étudiants rwandais. Deux conférences publiques sur la Shoah se sont tenues à Kigali et à Butare ainsi qu’une exposition offerte à l’Université Nationale du Rwanda.

L’idée principale que l’UEJF avance en ayant crée le dialogue des mémoires, c’est que les mémoires ne sont pas en en concurrence, elles sont complémentaires et trouvent toutes leurs places dans notre société.

La genèse d’un dialogue

Le dialogue des mémoires est un concept qui a vu le jour lorsque Benjamin Abtan était Président de l’Union des Etudiants Juifs de France. À un moment où plusieurs éléments étaient réunis notamment les émeutes des quartiers populaires à l’hiver 2005, qui dénonçaient une situation tendue pour les jeunes des quartiers populaires et qui offrait ainsi un terreau fertile à la notion de concurrence des mémoires véhiculée par Dieudonné. Celui-ci bénéficiait d’une certaine emprise sur l’opinion publique. Il se plaisait à prétendre que l’on ne parle pas assez de l’esclavage parce qu’on parle trop de la Shoah. C’est ainsi qu’a émergé la thématique de la « concurrence des mémoires ».

L’argument est factieux, on en conviendra. L’espace public n’est pas segmenté de sorte qu’il y aurait une quantité totale de parole allouée aux questions mémorielles, comme un gâteau divisé en part entre les divers groupes ethniques. Il s’agissait donc de faire comprendre que parler plus de la Shoah n’implique pas de parler moins de l’esclavage, et réciproquement. L’objectif du dialogue des mémoires était donc de créer une communauté de mémoire pour combattre ses voix dissonantes qui portaient également les mouvements négationnistes.

Le concept de dialogue des mémoires est également né d’un autre contexte plus global dans la communauté juive qui s’observait depuis la chute du communisme. Puisqu’il n’y avait plus de persécutions des juifs de l’Est, que les pogroms étaient terminés, l’action internationale allait enfin se déployer vers d’autres pays. Cette ouverture internationale vers une autre destination qu’Israël allait créer une connexion avec des groupes, des individus et des pays sans qu’eux ne soient juifs.

C’était là l’esprit du dialogue des mémoires, faire en sorte qu’à travers un travail sur le passé, un lien avec d’autres groupes se crée et produise du sens de façon universelle.

C’est également grâce à des rencontres fortuites que le concept de dialogue des mémoires s’est consolidé. Raphael Haddad, alors secrétaire national, fit une belle rencontre avec Yvette Levy, rescapée et auteur du livre « Nous sommes toujours là« . Benjamin Abtan à son tour rencontrât une association de la jeunesse et des sports qui travaillait sur Dachau et la Shoah ainsi que Raphaël Glücksmann, un étudiant à Science Po et réalisateur d’un documentaire sur le génocide du Rwanda « Tuez-les tous ! Histoire d’un génocide sans importance« .

C’est en partant de ces différents constats et grâce à ces rencontres que l’UEJF voulut aussi montrer que le travail de mémoire est une démarche de construction du collectif. L’approche du dialogue entre les mémoires permet à différents individus, dans différents groupes, de se retrouver afin de se reconstruire ensemble. Cette dimension universaliste s’imposait alors naturellement car des personnes d’origines diverses avaient travaillé sur différentes mémoires et qu’elles pouvaient s’associer à ce projet.

Voyage des mémoires

Du 14 au 21 février 2006, l’UEJF partit au Rwanda. Entre autres participants issus du Bureau Exécutif National de l’UEJF et militants de différentes sections, on pouvait également compter sur la présence de Souâd Belhaddad, enseignante à l’Ecole de journalisme de Paris; Judith Cohen Solal, psychologue clinicienne et psychanalyste; Frédéric Encel, professeur de géopolitique ; David Hazan, réalisateur de « Tuez les tous ! Rwanda, histoire d’un génocide sans importance »; Stéphane Pocrain, chroniqueur et ancien porte-parole des Verts; Richard Prasquier, président du Comité français pour Yad Vashem et membre du comité exécutif du CRIF; Dominique Sopo, président de SOS Racisme ainsi que Christiane Taubira, député de Guyane.

La délégation a été rejointe par trois journalistes, Patrick de Saint Exupery, Aude Lecat, et Catherine Ninin ainsi que quatre rescapés du génocide Tutsi. Ce sont les origines différentes des membres de la délégation, chacun porteur d’une mémoire, qui ont joué un rôle important.

À l’occasion de ce voyage, Benjamin Abtan alors Président, pris l’engagement solennel auprès des étudiants de l’Université de Tigali de commémorer tous les ans, le 7 avril, le génocide des Tutsi. L’UEJF continu d’honorer cet engagement. De même qu’au Rwanda, on commémore la Shoah tous les ans. Ces actions s’inscrivent dans une logique du dialogue des mémoires.

L’intérêt de ce voyage résidait dans le fait que les porteurs des mémoires de la Shoah et du génocide des Tutsi puissent partager leur vécu. Ce partage est indispensable lorsqu’il s’agit de comprendre les génocides, d’échanger sur les moyens de lutter contre le négationnisme et d’éviter de tomber dans l’oubli. Le dialogue des mémoires permet alors de créer des synergies, des groupes qui s’entraident face à des problématiques semblables. Comment se souvenir, comment éviter que cela se reproduise, comment venir en aide aux rescapés ? Toutes ces questions ne sont pas en concurrence, elles vont dans le même sens et grâce au dialogue entre différentes associations il est possible d’avancer, de s’entraider.

Pour accepter leurs vécus personnels, de nombreux rwandais ont cherché des réponses dans l’histoire de la Shoah. Comment cela a-t-il été possible ? Il n’y a pas de réponse rationnelle mais la lecture de livres historiques leur a permis de prendre un recul nécessaire à la compréhension des événements nous confiait Olivier, secrétaire général d’Ibuka. Essayer de comparer les mécanismes fait émerger des sentiments identiques, malgré des temporalités différentes. Une proximité évidente offre un soutien bénéfique et permet de surmonter les pires atrocités. C’est lorsque plusieurs démarches personnelles convergent vers un même idéal qu’il y a dialogue des mémoires.

Une idéologie universaliste

L’UEJF en a fait l’exemple par l’action qu’il existe une dimension universaliste. Elle s’est illustrée par la présence de personnalités d’origines différentes, représentants des mémoires diverses. Il n’y avait pas d’initiative de l’ordre de l’appartenance communautaire mais une résonnance d’une histoire et d’une mémoire commune par delà les origines.

Le dialogue des mémoires s’inscrit dans une prévention des crimes contre l’humanité. Si les populations avaient bien pris conscience de ce qui se passait pour les arméniens, la Shoah aurait pu être évitée… De même qu’au Rwanda, si la population avait été informée de ce qui s’était passé pendant la Shoah, alors peut-être qu’un autre génocide aurait pu être évité. La stigmatisation de l’autre est la pierre fondamentale de tout génocide. Ce qui se passe pour certaine personne dans un pays très éloigné du notre peut avoir un lien avec l’identité juive, il n’y a pas de limite rigide. L’élaboration du concept de dialogue des mémoires encourage une démarche liée aux mémoires, de façon constructive afin de parvenir à un épanouissement.

En plus de la dimension médiatique liée à ce voyage, un autre niveau de compréhension venait s’ajouter : Qu’est-ce que cela peut nous apporter à nous, en tant que juifs, et qu’est-ce que cela peut apporter aux rwandais principalement en terme de construction de l’identité à travers le dialogue ?

Un travail sur le passé, sur la mémoire et sur l’histoire, permet de tisser de véritables liens avec d’autres communautés afin qu’émerge un point de vue véritablement universaliste. Cette démarche est profondément en lien avec les droits de l’Homme et toutes les idéologies humanistes qui sont apparues après la Seconde Guerre mondiale et la chute du communisme. Les idéologies totalisantes qui promettaient des lendemains qui chantent se sont effondrées avec la découverte des camps de concentration et d’extermination nazis, les goulags et les systèmes de répression communistes. Beaucoup ne voulaient plus croire à cette idéologie. Au contraire, les idées dominantes à cette période ont été celles qui empêchaient que le pire ne puisse de nouveau se produire. Avec pour principal objectif de répondre à la question : Comment éviter la catastrophe ? Plutôt que de se demander comment arriver à une société équilibrée…

Cependant les dangers de la comparaison sont bien réels ainsi que les risques de banalisation de la Shoah. C’est pourquoi l’UEJF a veillé à toujours rester vigilante.

Lors du voyage de préparation, il semblait évident aux responsables de ce voyage que les risques d’assimilation entre la Shoah et le génocide Tutsi étaient réels. Les Rwandais semblaient en effet  tentés par les parallélismes entre les deux histoires pourtant bien distinctes.

Tout au long du voyage et au cours des interviews dans les médias rwandais, il a été fait un point d’honneur à ce que les spécificités de chaque génocide soient précisées.

La société française est traversée par des tensions entre différentes mémoires : mémoire de la guerre d’Algérie, mémoire des colonies d’Afrique noire et de l’esclavage, mémoire de la Shoah, mémoire du génocide rwandais. Ces tensions sont exploitées à des fins de revendications communautaristes. L’UEJF entend mettre fin à cette « concurrence des mémoires » en dépolitisant la question. Chaque mémoire doit avoir sa place, à condition qu’elle respecte les principes républicains, parmi lesquels la laïcité.

Avec la participation essentielle de Benjamin Abtan, président de l’EGAM ainsi que d’Alain Ngirinshuti, vice président, et d’Olivier Gatera, secrétaire général d’Ibuka

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