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Histoire et Mémoire à l’Ecole : Quand Nicolas Sarkozy voulait confier aux écoliers la mémoire d’un enfant déporté.

Histoire et Mémoire à l’Ecole : Quand Nicolas Sarkozy voulait confier aux écoliers la mémoire d’un enfant déporté.

Histoire et Mémoire à l’Ecole 

Quand Nicolas Sarkozy voulait confier aux écoliers la mémoire d’un enfant déporté.

Mercredi 13 février 2008. Nicolas Sarkozy annonce une mesure initiatrice d’une polémique nationale. Lors du dîner annuel du CRIF, l’ancien président de la République fait connaître sa décision de faire en sorte que « tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah ». Chocs et réactions fortes sont nés de cette annonce. Ces réponses virulentes sont-elles liées à la politique de Nicolas Sarkozy, critiquée à l’époque comme étant réalisée dans la précipitation ? La transmission de la mémoire peut-elle aller au-delà des considérations politiques ? Retour sur ces réactions et analyse de l’historien Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la seconde guerre mondiale.

Après la volonté de Nicolas Sarkozy en 2007 de faire lire la lettre du résistant Guy Môquet dans tous les lycées le 22 octobre, c’est au tour des élèves de CM2 d’être concernés un an plus tard. A l’époque, certains acteurs soutiennent cette annonce. Serge Klarsfeld, l’historien « chasseur de nazis » et président fondateur des Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF) en a reconnu l’utilité et a déclaré que cette mesure était le « couronnement d’un travail de longue haleine ». «On imprime mieux une histoire quand on est enfant » a-t-il ajouté.

Richard Prasquier, Président du Crif, a soutenu cette initiative en  précisant qu’elle devait être vue «plutôt dans son aspect pédagogique que comme un devoir de mémoire». Il proposait éventuellement « d’élargir cet effort de mémoire à d’autres questions, comme la colonisation ».

Les réactions politiques

En dépit de ces soutiens, les critiques fusent, surtout dans la sphère politique.

Patrick Bloche, député-maire du XIe arrondissement de Paris, considère alors que le travail de mémoire est déjà réalisé dans les écoles et collèges de nombreuses municipalités. Il s’interroge donc : « Compte tenu de ce qui est déjà une réalité, pourquoi soudainement, comme à chaque fois sans consultation préalable, faire de la surenchère, créer une confusion, semer le trouble ? ».

Outre la surenchère, la précipitation se trouve au cœur des critiques. De nombreuses personnalités ont pensé qu’il n’y avait pas eu assez de concertation sur cette mesure avant qu’elle ne soit rendue publique, comme François Bayrou qui, à l’époque, évoque « des conséquences psychologiques et morales très lourdes pour les enfants » En effet, le président de l’ancien UDF considère que « ces conséquences n’ont pas été envisagées, comme elles auraient dû l’être ». Critique réfutée par Xavier Darcos, ministre de l’éducation en fonction, qui a assuré qu’il en avait « évidemment parlé avec le Président de la République avant » le dîner du Crif, et qu’il ne s’agissait « pas d’une idée balancée sans moult réflexions ».

L’expérience personnelle

Certaines réactions sont caractérisées par l’implication personnelle des hommes politiques, en rapport avec leur propre histoire et avec la perception de la mémoire qui en découle chez eux.

Patrick Devedjian, alors Secrétaire Général de l’UMP, explique qu’il n’avait pas huit ans lorsque sa grand-mère lui « racontait la déportation des Arméniens ». « Je pense que cela a structuré ma vie » ajoute-t-il.

Simone Weil, elle, s’est virulemment opposé à cette proposition de Nicolas Sarkozy. Elle l’a qualifiée  d’« inimaginable, insoutenable et injuste ». Elle a estimé tout d’abord qu’ « on ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter ». Elle explique son point de vue ainsi : « Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés après la guerre à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs beaucoup d’enseignants parlent très bien de ces sujets ».

Ce débat illustre bien la passion avec laquelle les sujets mémoriels sont abordés et met en avant la rivalité supposée entre histoire et mémoire. D’ailleurs, quelle est la différence entre les deux ?

« La mémoire peut être un instrument qui permet à l’Histoire d’avancer. »

Selon l’historien Jean-Pierre Azéma, qui s’était opposé en 2008 à la mesure défendue par Nicolas Sarkozy, « l’Histoire est la reconstitution des faits qui en principe se sont déroulés ; tandis que la mémoire est constituée de représentations. C’est complémentaire, ce n’est pas la guerre entre les deux. » Il revient sur une vielle opposition. « Pendant longtemps, les historiens ont mené un combat contre la mémoire mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. La mémoire peut être un instrument qui permet à l’Histoire d’avancer. Les représentations doivent être prises en compte. »

La dichotomie Histoire/mémoire serait donc étrangère à la réaction très négative de beaucoup d’acteurs : politiques, historiens, personnalités publiques, enseignants… Mais alors, à quoi est-elle due ?

Une certaine intrusion du politique dans la transmission de l’Histoire et de la mémoire est dénoncée par Jean-Pierre Azéma. Il déclare que « les enfants ne doivent pas être prisonniers d’une initiative politique ». L’Education Nationale possède, selon lui, assez d’outils pour transmettre l’Histoire. « Qu’on s’occupe déjà de mener à bien ce qui existe. Il ne faut pas qu’il y ait de précipitation » rappelle-t-il. L’historien juge ainsi « contre productive » l’idée de confier la mémoire des enfants victimes de la Shoah à des élèves de CM2.

« Pas de précipitation » semble être le mot d’ordre des anciens opposants à cette mesure mémorielle. Il faudrait, selon eux, utiliser au mieux les outils dont nous disposons à l’école pour une bonne transmission de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Jean-Pierre Azéma conclut : « Si jadis, on ne s’occupait pas suffisamment de la Shoah, maintenant on s’en occupe bien ». Et l’historien de prévenir qu’il ne faut pas en rajouter car « le mieux devient l’ennemi du bien ».

Léa Berdugo

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